Acteurs du marché
Courtiers en produits structurés (brokers)
Mis à jour le
Entre la banque qui fabrique et le conseiller qui vend, il existe un métier que l’épargnant ne voit jamais figurer sur sa documentation : le courtier en produits structurés, que la profession appelle plus souvent broker.
C’est pourtant lui qui, dans la majorité des cas, décide à quoi ressemblera le produit qu’on vous proposera.
Un intermédiaire, pas un vendeur
Le courtier ne vend rien au particulier et n’a pas de clients au sens habituel. Ses interlocuteurs sont les distributeurs : conseillers en gestion de patrimoine, family offices, banques privées, plateformes.
Son rôle tient en quatre gestes.
Il traduit un besoin en formule. Un conseiller vient avec une contrainte concrète : un horizon de cinq ans, une protection à -40 %, un coupon de l’ordre de 8 %. Le courtier traduit cela en structure réalisable, ou explique pourquoi elle ne l’est pas dans les conditions de marché du moment.
Il met les banques en concurrence. C’est sa valeur la plus évidente. Plutôt que de s’adresser à un seul émetteur, il interroge plusieurs banques sur la même demande et retient la meilleure proposition. C’est ce que la profession appelle l’architecture ouverte.
Il suit la vie du produit. Une fois le produit lancé, quelqu’un doit surveiller les dates de constatation, signaler les rappels, fournir les valorisations. Cette partie du métier, peu visible, occupe l’essentiel du temps.
Il ne porte pas le risque. Le courtier n’émet pas le titre et ne le garantit pas. Votre créance est sur la banque émettrice et sur son garant, jamais sur l’intermédiaire qui a monté l’opération. C’est une distinction qui compte le jour où les choses tournent mal.
Un passage quasi obligé
L’observatoire IRBIS, mené auprès d’un panel de 2 000 conseillers en gestion de patrimoine, donne la mesure du phénomène : 70 % des conseillers interrogés travaillent avec des courtiers, et seuls 28 % déclarent préférer s’adresser directement aux banques émettrices.
Le régulateur va plus loin. Dans son étude de juin 2026 sur la distribution des produits structurés, le pôle commun de l’AMF et de l’ACPR relève que l’initiative de la création du produit relève le plus souvent du distributeur final, et non de la banque. Autrement dit, le produit qu’on vous propose n’a pas été conçu par la banque puis proposé au réseau : il a été demandé par le réseau, puis fabriqué par la banque.
C’est exactement ce que nous constatons dans la documentation. Le nom commercial appartient au distributeur, et la banque émettrice change d’un millésime à l’autre, comme nous l’avons documenté dans qui est vraiment derrière votre produit structuré.
Qui sont les courtiers en France ?
Le métier s’est structuré récemment : en 2026, dix sociétés ont fondé l’association France Produits Structurés. Mais le marché compte bien plus d’acteurs que cela. Voici les sociétés qu’un conseiller en gestion de patrimoine français rencontre couramment.
| Société | Membre fondateur de France Produits Structurés |
|---|---|
| Adequity | |
| Altitude Investment Solutions | |
| Artemis Investment Advisors | |
| Eavest | |
| ELEVA Solutions | |
| Equitim | oui |
| Exclusive Partners | oui |
| Feefty | |
| Finaval Conseil | oui |
| Hilbert Investment Solutions | |
| i-Kapital | oui |
| IRBIS | oui |
| Kepler Cheuvreux Solutions | oui |
| Lynceus Partners | |
| Marex Solutions | |
| Marigny Capital | oui |
| Nexo Capital | oui |
| Silex | oui |
| Solvest | |
| Tetra Capital | |
| TP ICAP | |
| VIX Investment Solutions | |
| Zenith Capital | oui |
Cette liste n’est ni exhaustive ni un classement, et ne constitue pas une recommandation. Elle ne dit rien non plus des relations commerciales de ces sociétés, ni des nôtres.
Les profils sont variés. Adequity, créée en 2001, est la plus ancienne. Hilbert Investment Solutions, fondée en 2012, et Altitude Investment Solutions, arrivée en France en 2020 après la Suisse, structurent et accompagnent les professionnels du patrimoine. Feefty a pris un chemin différent en proposant une plateforme où le conseiller construit lui-même son produit. Kepler Cheuvreux Solutions, Marex Solutions et TP ICAP appartiennent à des groupes financiers de taille internationale, quand d’autres sont des maisons indépendantes de quelques dizaines de personnes.
Certaines sont adossées à une société de gestion ou à un distributeur. ELEVA Solutions est la filiale dédiée aux produits structurés d’ELEVA Capital, société de gestion indépendante créée en 2014, présente à Paris et à Londres. Solvest est l’activité produits structurés d’Elvest, anciennement Inter Invest, avec un modèle intégré : la société structure ses propres solutions et les distribue directement, au lieu de revendre les émissions d’une banque tierce.
Tous ne travaillent pas de la même façon
Ces sociétés exercent le même métier d’intermédiation, mais pas avec le même degré d’ouverture, et c’est une nuance utile à connaître.
La plupart sont indépendantes des banques : elles interrogent plusieurs émetteurs sur une même demande et retiennent la meilleure proposition. C’est l’architecture ouverte au sens strict.
Adequity occupe une place particulière. Créée en 2001, c’est la plateforme de Société Générale dédiée aux conseillers en gestion de patrimoine, et l’un des plus anciens acteurs du marché français. Elle structure et distribue comme les autres, mais ses produits proviennent pour l’essentiel de Société Générale : la mise en concurrence entre émetteurs n’y joue pas de la même manière.
Aucune des deux configurations n’est meilleure en soi. Une plateforme adossée à une grande banque offre de la continuité et une signature connue ; un intermédiaire indépendant fait jouer la concurrence. Ce qui compte est de savoir dans laquelle on se trouve.
La conséquence est directe pour vous. Si vous détenez plusieurs produits souscrits par le même canal, vérifiez les émetteurs : vous pouvez porter la même signature bancaire sur toutes vos lignes en croyant avoir diversifié. Le code ISIN et la ligne « émetteur » du document d’informations clés sont les seuls éléments qui tranchent.
Ce que cela change pour l’épargnant
Le sur-mesure n’est pas réservé aux institutionnels. Une part importante des produits distribués en France est créée à la demande d’un distributeur, pour un besoin précis, parfois pour un montant modeste. C’est une force de ce marché : la structure peut coller à une situation réelle.
Mais le sur-mesure se compare mal. Un produit conçu pour un seul réseau n’a pas d’équivalent exact ailleurs, ce qui rend la mise en regard difficile. Les seuls éléments réellement comparables restent les caractéristiques objectives : sous-jacent, barrière, durée, fréquence de constatation, indicateur de risque et incidence des frais figurant au document d’informations clés.
Et la chaîne s’allonge. Banque émettrice, courtier, distributeur, parfois assureur : le régulateur relève dans son étude de juin 2026 de nombreuses situations de non-conformité à la réglementation chez tous les acteurs de la chaîne, notamment sur la définition des marchés cibles et l’évaluation des connaissances du client. Plus la chaîne est longue, plus la responsabilité de vérifier que le produit vous convient se dilue.
Les questions utiles
Si l’on vous propose un produit structuré, trois questions suffisent à situer votre interlocuteur.
- Qui a conçu ce produit, et à la demande de qui ? La réponse dit si vous avez affaire à une gamme standard ou à une structure créée pour votre réseau.
- Plusieurs banques ont-elles été mises en concurrence ? C’est la différence entre un courtier indépendant et une plateforme d’émetteur.
- Qui est l’émetteur, et qui est le garant ? Les deux figurent sur le document d’informations clés, et ce sont eux qui vous doivent l’argent.
Si vous détenez un produit et souhaitez y voir clair, écrivez-nous. Nous regardons votre documentation et nous vous disons ce que nous en pensons, gratuitement et sans engagement.